L’injonction de Jésus dans Matthieu 6, 34, « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine », résonne comme une mélodie apaisante dans un monde dominé par l’anxiété. Mais au-delà de la poésie, que signifie réellement cette parole pour l’être humain du 21e siècle ? Est-ce une utopie irréalisable ou une sagesse profonde et accessible ?

Que Comprendre de « Ne Pas S’inquiéter du Lendemain » ?

Loin d’être une invitation à l’irresponsabilité ou à la passivité, l’appel de Jésus est avant tout une libération de l’anxiété paralysante. Il ne s’agit pas de nier la nécessité de planifier, d’épargner ou de travailler pour l’avenir. L’être humain est par nature prévoyant, et c’est ce qui lui a permis de construire des sociétés complexes.

Ce que Jésus dénonce, c’est l’inquiétude excessive, celle qui ronge l’esprit, paralyse l’action et vole la joie du moment présent. C’est la rumination constante des scénarios catastrophe, la peur de manquer, la hantise du contrôle absolu sur un futur par essence incertain. L’expression « le lendemain s’inquiétera de lui-même » souligne que chaque jour apporte ses propres défis et ses propres solutions. En nous concentrant sur l’aujourd’hui, nous déchargeons notre esprit du poids écrasant d’un futur que nous ne pouvons entièrement anticiper ni maîtriser.

C’est une invitation à la confiance. Confiance en la vie, en ses ressources, en sa capacité à nous adapter et à trouver des solutions face aux imprévus. C’est aussi, pour ceux qui ont une foi, une confiance en une providence plus grande que soi.

Est-ce Réaliste et Possible Aujourd’hui ?

À première vue, cette injonction peut sembler irréaliste dans un monde où la précarité et l’incertitude sont omniprésentes. Comment ne pas s’inquiéter de son emploi, de sa santé, de l’éducation de ses enfants, de l’avenir de la planète ? Notre société nous pousse constamment à la performance, à l’anticipation, à la compétition.

Pourtant, c’est précisément dans ce contexte que la sagesse de Jésus devient d’autant plus pertinente. Ne pas s’inquiéter du lendemain n’est pas une injonction à l’ignorance des réalités, mais une discipline mentale et émotionnelle. C’est un choix conscient de rediriger notre énergie mentale.

C’est possible, mais cela demande un travail sur soi :

  • Différencier la prévoyance de l’anxiété : Planifier est sain, ruminer est destructeur.
  • Vivre en pleine conscience : Se concentrer sur l’instant présent, apprécier les petites choses, gérer les défis à mesure qu’ils se présentent.
  • Cultiver la résilience : Développer la capacité à rebondir face aux difficultés, en sachant que l’échec n’est pas une fin en soi.
  • Lâcher prise sur le contrôle illusoire : Accepter que nous ne pouvons pas tout contrôler, et que certaines choses échappent à notre pouvoir.

Obstacles Majeurs

Plusieurs obstacles nous empêchent de vivre cette sagesse :

  1. La Société de Consommation et de Performance : Nous sommes constamment bombardés de messages qui nous poussent à désirer plus, à accumuler, à craindre le manque. Le statut social est trop souvent lié à la richesse matérielle, alimentant une peur constante de ne pas être « assez ».
  2. L’Éducation et les Modèles Familiaux : Dès l’enfance, on nous apprend souvent à anticiper, à craindre les conséquences, à nous soucier du futur. Si nos parents étaient anxieux, nous avons tendance à reproduire ces schémas.
  3. L’Accès à l’Information Instantanée : Les réseaux sociaux et les médias nous noient sous un flot continu d’informations souvent anxiogènes (crises économiques, conflits, catastrophes naturelles), alimentant la peur et le sentiment d’impuissance.
  4. Le Sentiment de Responsabilité : Particulièrement pour les parents ou les personnes ayant des charges, le souci du lendemain peut sembler être une forme d’amour et de responsabilité. Or, une inquiétude excessive peut être contre-productive et se transmettre.

Le Piège des Richesses et de l’Accumulation

Le passage de Matthieu est clair : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. » Les richesses, lorsqu’elles deviennent une fin en soi et non un moyen, sont un obstacle majeur à la tranquillité d’esprit. Paradoxalement, plus on possède, plus on peut avoir peur de perdre. L’accumulation matérielle, loin d’apporter la sécurité absolue, peut devenir une source d’angoisse supplémentaire : peur du vol, peur de l’inflation, peur des krachs boursiers, etc.

Les richesses créent une illusion de sécurité qui nous éloigne de la véritable confiance. Elles nous poussent à croire que notre valeur et notre bonheur dépendent de ce que nous possédons, nous rendant vulnérables aux aléas économiques. Au lieu de nous libérer, elles peuvent nous enchaîner à un cycle incessant d’acquisition et de protection.


En conclusion, l’injonction de Jésus de ne pas s’inquiéter du lendemain n’est pas une naïveté, mais une profonde sagesse pour vivre mieux. C’est un appel à recentrer notre attention sur l’essentiel, à cultiver la gratitude pour le présent et à développer une confiance inébranlable en notre capacité à faire face aux défis, jour après jour. Dans un monde de plus en plus incertain, cette philosophie de vie offre une voie vers une plus grande sérénité, loin du joug épuisant de l’anxiété et de l’illusion des richesses.

Comment conciliez-vous la nécessité de planifier votre avenir avec le désir de vous libérer de l’anxiété du lendemain ?

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