L’Evangile

Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche,
pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.
Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Nul ne peut servir deux maîtres :
ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,
ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.

C’est pourquoi je vous dis :
Ne vous souciez pas,
pour votre vie, de ce que vous mangerez,
ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez.
La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture,
et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel :
ils ne font ni semailles ni moisson,
ils n’amassent pas dans des greniers,
et votre Père céleste les nourrit.
Vous-mêmes, ne valez-vous pas
beaucoup plus qu’eux ?
Qui d’entre vous, en se faisant du souci,
peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ?
Observez comment poussent les lis des champs :
ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire,
n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.
Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs,
qui est là aujourd’hui,
et qui demain sera jetée au feu,
ne fera- t-il pas bien davantage pour vous,
hommes de peu de foi ?

Ne vous faites donc pas tant de souci ;
ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?”
ou bien : “Qu’allons-nous boire ?”
ou encore : “Avec quoi nous habiller ?”
Tout cela, les païens le recherchent.
Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice,
et tout cela vous sera donné par surcroît.
Ne vous faites pas de souci pour demain :
demain aura souci de lui-même ;
à chaque jour suffit sa peine. »

Sa réflexion

Le passage de Matthieu 6, 24-34 nous invite à une profonde réflexion sur notre condition humaine, nos priorités et notre rapport à l’avenir. Jésus, avec une sagesse intemporelle, y aborde la question de l’inquiétude et nous propose une voie radicalement différente de celle que nous suivons souvent.

L’Illusion de la Maîtrise et le Joug de l’Argent

Le texte commence par une affirmation percutante : « Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. » Cette déclaration, au-delà de sa dimension religieuse, résonne profondément avec notre expérience quotidienne. Combien de fois sommes-nous tiraillés entre des aspirations contradictoires ? L’argent, symbolisé ici par Mamon, est souvent l’un de ces maîtres tyranniques. Non pas l’argent en tant qu’outil d’échange, mais l’argent en tant qu’objet de notre adoration, de nos craintes et de nos désirs illimités.

Nous vivons dans une société où la valeur d’une personne est trop souvent mesurée à l’aune de sa réussite matérielle. Cette pression constante nous pousse à accumuler, à nous inquiéter pour le lendemain, pour notre sécurité financière, pour ce que nous laisserons à nos enfants. Nous nous retrouvons piégés dans un cycle incessant de travail, de consommation et d’angoisse. Le paradoxe est cruel : plus nous cherchons à maîtriser notre avenir par l’accumulation, plus nous nous sentons esclaves de nos possessions et de nos peurs.

La Sagesse de l’Oiseau et du Lys

Jésus nous offre alors des images d’une simplicité désarmante : les oiseaux du ciel et les lys des champs. Ces éléments de la nature, qui ne sèment ni ne moissonnent, qui ne filent ni ne tissent, sont pourtant nourris et vêtus avec une magnificence que Salomon lui-même n’a jamais égalée. Cette comparaison n’est pas une incitation à l’inaction ou à la négligence, mais une invitation à changer de perspective sur nos inquiétudes.

Combien de fois nous soucions-nous de choses sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle ? L’avenir est par définition incertain, et notre obsession à vouloir tout prévoir et tout maîtriser nous épuise. L’inquiétude est souvent une forme de souffrance anticipée, une charge mentale qui nous prive de la joie du présent. Jésus nous rappelle que la vie elle-même est un don inestimable, bien plus précieux que la nourriture ou le vêtement. Si Dieu prend soin des créatures les plus humbles, combien plus prendra-t-il soin de nous, êtres humains, créés à son image ?

Chercher d’Abord le Royaume

Le cœur du message se condense dans ce verset : « Cherchez d’abord le royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » Qu’est-ce que ce « royaume » pour l’être humain contemporain, au-delà de la connotation religieuse ? C’est peut-être un appel à recentrer nos vies sur ce qui est essentiel : les relations humaines, la quête de sens, la contribution au bien commun, l’épanouissement personnel qui ne dépend pas de l’accumulation matérielle. C’est choisir de vivre en accord avec des valeurs profondes plutôt qu’enchaîné aux diktats de la consommation et de la performance.

Cela ne signifie pas ignorer nos responsabilités ou ne pas travailler. Au contraire, c’est travailler avec une intention différente, non par anxiété, mais avec confiance. C’est reconnaître que si nous nous alignons sur ce qui est juste et bon, les nécessités de la vie trouveront leur place.

L’Anxiété du Lendemain

Enfin, la conclusion du passage est un puissant rappel : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. » L’être humain a cette fâcheuse tendance à vivre dans le futur, à anticiper les problèmes, à ressasser les regrets du passé. Cette incapacité à s’ancrer dans le présent est une source majeure d’angoisse.

Vivre un jour à la fois, c’est embrasser la pleine conscience. C’est reconnaître que nous avons la capacité de faire face aux défis du moment présent. L’inquiétude pour le lendemain nous paralyse aujourd’hui. Elle nous empêche de savourer les petites joies, de prendre des décisions sereines, et de vivre pleinement. Chaque jour apporte son lot de défis et d’opportunités. En les affrontant au fur et à mesure, avec confiance et résilience, nous nous libérons du poids écrasant d’un avenir imaginé.


Ce passage de Matthieu est une véritable thérapie pour l’âme humaine. Il nous invite à réévaluer nos priorités, à cultiver une confiance profonde en la vie et à nous libérer du joug de l’inquiétude. C’est un appel à l’humilité face à l’immensité de l’existence et à la sagesse de vivre pleinement le présent, en sachant que l’essentiel est déjà là, à portée de main.

Quelles sont les inquiétudes qui pèsent le plus sur vous en ce moment, et comment pourriez-vous appliquer la sagesse de ce texte pour les aborder différemment ?

Laisser un commentaire