L’Évangile

Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Ne vous faites pas de trésors sur la terre,
là où les mites et les vers les dévorent,
où les voleurs percent les murs pour voler.
Mais faites-vous des trésors dans le ciel,
là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent,
pas de voleurs qui percent les murs pour voler.
Car là où est ton trésor,
là aussi sera ton cœur.

La lampe du corps, c’est l’œil.
Donc, si ton œil est limpide,
ton corps tout entier sera dans la lumière ;
mais si ton œil est mauvais,
ton corps tout entier sera dans les ténèbres.
Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres,
comme elles seront grandes, les ténèbres ! »

Sa réflexion

Où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

Les paroles de Jésus dans Matthieu 6, 19-23 nous interpellent avec une acuité particulière dans notre monde contemporain. Elles nous invitent à une profonde introspection sur la nature de nos aspirations, de nos priorités et, ultimément, de notre identité.

Ne thésaurisez pas de trésors sur la terre (v. 19-20)

Jésus commence par une mise en garde explicite contre l’accumulation de richesses terrestres. Il ne s’agit pas d’une condamnation de la richesse en soi, mais de l’attachement excessif à celle-ci. Le verbe « thésauriser » évoque l’idée de collectionner, d’accumuler dans le but de posséder et de sécuriser son avenir. Or, Jésus souligne la précarité de ces biens : la teigne et la rouille les détruisent, et les voleurs les déterrent et les dérobent. Ces images parlent d’elles-mêmes : tout ce qui est matériel est transitoire, soumis à l’usure du temps et aux aléas de la vie.

À l’inverse, il nous exhorte à « thésauriser des trésors dans le ciel ». Mais de quels trésors s’agit-il ? Il ne s’agit pas d’une monnaie céleste, mais d’actes de foi, de charité, de justice, d’humilité. Ce sont les valeurs du Royaume de Dieu, celles qui, par leur nature spirituelle, sont impérissables et inaltérables. Ces trésors sont liés à la construction d’une relation authentique avec Dieu et avec notre prochain. Ils sont la manifestation concrète de l’amour, qui seul demeure éternellement.

Où est ton trésor, là aussi sera ton cœur (v. 21)

Ce verset est sans doute le cœur du passage. Il établit un lien indissociable entre l’objet de notre trésor et l’orientation de notre cœur. Le « cœur » dans la Bible ne désigne pas seulement l’organe physique, mais le centre de notre être, le siège de nos pensées, de nos éémotions, de nos désirs et de notre volonté.

Si notre trésor est sur la terre – si notre quête principale est la richesse matérielle, le pouvoir, la reconnaissance sociale, les plaisirs éphémères – alors notre cœur sera accaparé par ces choses. Nous passerons notre temps, notre énergie et nos pensées à les acquérir, à les conserver et à les protéger. L’inquiétude, la convoitise, l’envie risquent de s’y installer. Notre joie et notre paix dépendront alors de la fluctuation de ces biens.

En revanche, si notre trésor est dans le ciel – si nous valorisons avant tout l’amour de Dieu et du prochain, la justice, la paix intérieure, le don de soi – alors notre cœur sera tourné vers ces réalités. Nous chercherons à vivre selon les principes du Royaume, à servir, à pardonner, à aimer. Notre joie sera plus profonde, car elle ne dépendra pas de ce que nous possédons, mais de ce que nous sommes et de ce que nous donnons.

La lampe du corps, c’est l’œil (v. 22-23)

Jésus utilise ensuite l’image de l’œil comme « lampe du corps ». L’œil est ici une métaphore de notre perception, de notre vision intérieure, de la manière dont nous appréhendons le monde et la vie.

Un « œil sain » (parfois traduit par « simple » ou « généreux » selon les versions) est celui qui voit clairement, qui a une vision juste des choses. Il n’est pas obscurci par l’égoïsme, la convoitise ou les préoccupations matérielles. Un tel œil permet à la lumière de pénétrer pleinement dans notre être, illuminant notre chemin et nous permettant de discerner le bien du mal, l’essentiel du superflu. Lorsque notre vision est claire et orientée vers ce qui est juste, tout notre corps, c’est-à-dire toute notre vie, est rempli de lumière.

Inversement, un « œil malade » (parfois traduit par « mauvais » ou « envieux ») est celui dont la vision est altérée. Il est obscurci par l’attachement aux biens terrestres, par l’égoïsme, par la jalousie. Un tel œil ne peut percevoir la vraie lumière, et par conséquent, toute notre vie est plongée dans les ténèbres. L’incapacité à voir au-delà du matériel nous prive de la véritable source de joie et de paix, et nous laisse dans une obscurité spirituelle. La « grande obscurité » n’est autre que la perte du sens, l’aliénation de notre être profond.

Actualisation pour notre vie aujourd’hui

Ce passage de l’Évangile est plus que jamais pertinent. Dans une société qui valorise souvent la consommation, l’accumulation et la réussite matérielle, il nous invite à une contre-culture radicale :

  • Réévaluer nos priorités : Quels sont les véritables trésors que nous cherchons à accumuler ? Est-ce la dernière technologie, une plus grande maison, ou est-ce plutôt le temps passé avec nos proches, le service aux plus démunis, la quête de sens et de spiritualité ?
  • Se libérer de l’inquiétude : Si notre cœur est attaché à des biens périssables, l’anxiété est inévitable. En déplaçant notre focus vers des trésors impérissables, nous trouvons une paix plus profonde qui ne dépend pas des circonstances extérieures.
  • Cultiver un regard sain : Sommes-nous capables de voir la beauté dans le simple, la valeur dans ce qui n’est pas mesurable financièrement ? Notre regard est-il obscurci par la comparaison, l’envie, ou sommes-nous capables de nous réjouir du bonheur des autres et de la richesse de la vie sous toutes ses formes ?
  • Vivre avec générosité : Thésauriser dans le ciel, c’est donner, partager, servir. C’est comprendre que la vraie richesse ne se mesure pas à ce que l’on possède, mais à ce que l’on est et à ce que l’on offre au monde.

En conclusion, Matthieu 6, 19-23 est un appel retentissant à réaligner notre cœur avec ce qui a une valeur éternelle. C’est une invitation à choisir la lumière plutôt que les ténèbres, la richesse spirituelle plutôt que la richesse matérielle, la vie abondante en Dieu plutôt que l’illusion d’une sécurité éphémère. C’est en faisant ce choix que nous permettons à la lumière divine d’illuminer tout notre être et de transformer notre existence.

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