L’Evangile
Alléluia. Alléluia.
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez- vous les uns les autres,
comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Vous avez appris qu’il a été dit :
Tu aimeras ton prochain
et tu haïras ton ennemi.
Eh bien ! moi, je vous dis :
Aimez vos ennemis,
et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ;
car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,
il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment,
quelle récompense méritez-vous ?
Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères,
que faites-vous d’extraordinaire ?
Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Vous donc, vous serez parfaits
comme votre Père céleste est parfait. »
Sa réflexion
L’Amour Radical : Au-delà du « Tu Aimera Ton Prochain » (Matthieu 5, 43-48)
Dans le chapitre 5 de Matthieu, Jésus ne cesse de « radicaliser » les commandements de l’Ancien Testament. Après avoir parlé de la colère, de l’adultère et du serment, il aborde un sujet qui, pour beaucoup, est le summum de l’éthique : l’amour du prochain. Mais Jésus va bien au-delà de ce que la tradition avait enseigné, nous invitant à un amour sans frontières ni conditions.
L’Ancien Précepte et la Nouvelle Demande
Le passage commence par un rappel de l’enseignement traditionnel : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » (Mt 5,43). La première partie est une citation du Lévitique (19,18). La seconde, « tu haïras ton ennemi », n’est pas un commandement biblique explicite, mais une interprétation courante de l’époque. Face à des persécuteurs ou des envahisseurs, il était compréhensible, voire considéré comme juste, de haïr ses ennemis. C’était la norme sociale.
Mais Jésus, comme à son habitude, vient bouleverser cette norme. Il ne dit pas : « Vous avez mal appris », mais « Moi, je vous dis… » (Mt 5,44). Et ce qu’il dit est révolutionnaire : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. »
L’Amour des Ennemis : Le Signe des Enfants de Dieu
C’est le cœur de l’enseignement de ce passage. Aimer ses ennemis, c’est aller à contre-courant de l’instinct humain. Ce n’est pas de la sentimentalité niaise, mais un acte de volonté puissant qui refuse de se laisser enfermer dans le cycle de la haine et de la vengeance.
Jésus donne la raison de cette demande radicale : « afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5,45). Notre Dieu n’est pas un Dieu partial qui favorise les uns et punit les autres de manière arbitraire. Sa bonté est universelle et inconditionnelle. Le soleil brille pour tous, la pluie tombe pour tous. Aimer nos ennemis, c’est imiter Dieu lui-même, refléter sa nature aimante et généreuse.
C’est une preuve d’authenticité de notre filiation divine. Si nous aimons seulement ceux qui nous aiment, nous ne faisons rien d’exceptionnel. Même les païens (ceux qui ne connaissent pas Dieu) et les publicains (perçus comme des pécheurs publics) le font ! La vraie marque du disciple du Christ n’est pas de suivre la logique du « donnant-donnant », mais d’adopter une logique d’amour qui dépasse toute réciprocité.
La Perfection : Un Chemin d’Amour Illimité
Le passage culmine avec cette invitation déconcertante : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5,48). Ce mot « parfait » (en grec teleios) ne signifie pas « sans faute » au sens moraliste. Il signifie plutôt « accompli », « achevé », « qui a atteint sa pleine mesure ». Dans ce contexte précis, la perfection est définie par l’amour illimité, cet amour qui inclut même ceux qui nous veulent du mal.
C’est un appel à l’entièreté de notre être, à tendre vers une ressemblance à Dieu dans sa manière d’aimer. C’est un chemin, pas un point d’arrivée instantané.
Réflexion pour Aujourd’hui
Cet Évangile est d’une actualité brûlante dans un monde souvent divisé, où la haine, la polarisation et la recherche de boucs émissaires sont monnaie courante.
- Le défi du pardon : Aimer ses ennemis implique souvent de pardonner. Non pas oublier l’offense, mais refuser qu’elle dicte notre avenir et nous consume de l’intérieur. C’est une libération pour soi-même.
- Briser les cycles de violence : L’amour des ennemis est la seule force capable de briser le cercle vicieux de la vengeance et de la réciprocité négative. Il ouvre la porte à la réconciliation et à la paix.
- L’amour concret : Aimer ses ennemis ne signifie pas approuver leurs actes, ni se mettre en danger. C’est refuser de les haïr, c’est prier pour eux, c’est espérer leur conversion, c’est être prêt à leur faire du bien si l’occasion se présente sans compromettre sa propre sécurité.
- Une utopie réalisable ? Cet appel semble surhumain. Et il l’est, sans la grâce de Dieu. Mais c’est précisément le but : nous pousser au-delà de nos propres limites humaines, vers un amour qui a sa source en Dieu. C’est la tâche la plus difficile et la plus transformatrice du disciple du Christ.
Matthieu 5, 43-48 nous invite à regarder notre cœur et à nous demander : qui sont mes « ennemis » aujourd’hui ? Ceux qui me critiquent, ceux qui pensent différemment, ceux qui m’ont fait du tort ? Et suis-je prêt(e) à demander à Dieu la grâce d’aimer, même un peu, ceux que mon instinct me pousserait à haïr ? C’est un chemin exigeant, mais c’est le chemin de la ressemblance à Dieu.
Qu’est-ce qui vous interpelle le plus dans cet enseignement de Jésus ?

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