Il était une fois, dans une ville où les tours de verre montaient si haut qu’elles semblaient gratter les nuages, vivait une jeune femme nommée Léa. Léa n’était pas une magicienne, ni une super-héroïne, mais elle était, à sa manière, une véritable équilibriste du quotidien. Sa vie ressemblait à un spectacle de cirque où elle jonglait avec des balles multicolores, chacune représentant une facette de son existence.

La première balle, d’un rouge vif et brûlant, c’était le travail. Elle filait à toute vitesse, exigeant concentration, délais à respecter, et réunions interminables. Léa la lançait haut, très haut, parfois au risque de la faire tomber, se sentant souvent happée par son élan.

La deuxième, d’un bleu profond et apaisant, c’était sa famille et ses amis. Cette balle, plus douce, demandait de l’attention, des appels, des sourires, des heures passées à écouter et à soutenir. Elle flottait parfois, légère, parfois elle devenait lourde d’attentes et d’obligations.

La troisième, d’un vert éclatant et végétal, représentait ses passions et ses engagements. C’était le cours de poterie du mardi soir, le bénévolat à la soupe populaire le week-end, les livres qui s’empilaient sur sa table de chevet. Cette balle était pleine de vie, mais elle aussi réclamait sa juste part de temps et d’énergie.

Et puis, il y avait la quatrième balle, la plus petite et la plus difficile à saisir, d’un blanc pur et immaculé : le temps pour soi. C’était le moment de respirer, de rêver, de ne rien faire, de juste être. Souvent, cette balle-là, Léa la laissait glisser, pensant qu’elle pourrait la récupérer plus tard.

Au début, Léa était épuisée. Les balles tombaient, se cognaient. Le travail accaparait tout, laissant peu de place au reste. Ses amis lui reprochaient son absence, sa famille se sentait délaissée, et le temps pour elle, c’était une idée lointaine. Elle se sentait coupable, toujours en manque de quelque chose. Son spectacle de jonglage était désordonné, stressant.

Un jour, alors qu’elle s’apprêtait à laisser tomber la balle blanche pour la énième fois, une vieille femme, assise sur un banc du parc, la regarda avec un sourire sage. « Ma petite », dit-elle, « le secret, ce n’est pas de jongler avec toutes les balles en même temps, mais de savoir quelles balles tenir, et quand les laisser reposer. »

Léa, interloquée, s’assit auprès d’elle. La vieille femme continua : « Certaines balles sont en verre, tu ne peux pas les laisser tomber. D’autres sont en caoutchouc, elles rebondiront si tu les laisses un peu. Et la balle blanche, celle du temps pour soi, n’est pas une option, c’est la base de ton équilibre. Sans elle, tout le reste s’écroule. »

Léa médita ces paroles. Elle commença à changer sa façon de jongler. Elle apprit à dire non au travail quand elle sentait le surmenage arriver. Elle décida que deux soirs par semaine seraient sacrés pour sa famille, quoi qu’il arrive. Elle réduisit un peu son engagement dans les associations, non pas par désintérêt, mais pour se laisser un après-midi libre pour son cours de poterie.

Et la balle blanche ? Elle commença à la tenir fermement. Dix minutes de silence le matin, une heure de lecture le soir, une balade solitaire le dimanche. Ces petits moments devinrent les ancres de son équilibre.

Progressivement, le spectacle de Léa se transforma. Il n’était plus frénétique, mais harmonieux. Les balles ne s’entrechoquaient plus dans le chaos, mais dansaient en rythme, chacune ayant son moment de gloire. Léa n’avait plus l’impression de courir après le temps, mais de le maîtriser. Elle était moins fatiguée, plus joyeuse, plus présente pour les autres, et surtout, plus présente pour elle-même.

Elle comprit que jongler avec la vie, ce n’était pas une course à la performance, mais un art subtil de l’équilibre, une danse entre le donner et le recevoir, entre l’action et le repos. Et elle continua son spectacle, une équilibriste sereine, témoin que la vraie richesse n’était pas dans la quantité de balles en l’air, mais dans la qualité de l’harmonie qu’elle créait entre elles.

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