Dans un royaume lointain, niché entre des montagnes imposantes et une mer étincelante, coulait un fleuve majestueux. Ce fleuve, appelé Aélia, n’était pas un simple cours d’eau ; il était l’âme du royaume. Ses eaux nourrissaient les terres, faisaient fleurir les récoltes et abreuvait toutes les créatures. Mais surtout, le fleuve Aélia était la source de toutes les lois.

Personne ne se souvenait comment cela avait commencé, mais depuis des temps immémoriaux, les habitants du royaume respectaient les « Lois du Fleuve ». Elles étaient gravées non pas sur la pierre, mais dans le cœur des gens, transmises de génération en génération par des chansons, des histoires et des gestes simples.

Un jour, un jeune prince nommé Kael, curieux et un peu rebelle, se demanda pourquoi ces lois étaient si importantes. « Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement faire ce que nous voulons ? », demanda-t-il à sa grand-mère, une femme sage et pleine de rides.

La grand-mère sourit. « Mon cher Kael, les Lois du Fleuve ne sont pas là pour nous priver de liberté, mais pour que le fleuve continue de couler. Vois-tu, si chacun prend l’eau sans penser aux autres, le fleuve s’assèche. Si les bateaux ne suivent pas le courant, ils s’échouent. Si les pêcheurs ne remettent pas de poissons, le fleuve se vide. »

Kael, pas entièrement convaincu, décida d’en faire l’expérience. Un jour, il décida de pêcher plus que sa part, de construire une digue pour détourner l’eau vers son jardin personnel et de ne pas respecter les horaires des bateaux sur le fleuve. Au début, il fut ravi de son abondance. Son jardin verdit plus que les autres, et ses prises de poissons étaient impressionnantes.

Mais bientôt, les choses changèrent. Le niveau du fleuve commença à baisser en aval de sa digue, les récoltes des fermiers voisins souffrirent. Les pêcheurs peinèrent à trouver du poisson car Kael en prenait trop. Et les bateaux, gênés par son absence de respect des règles, se heurtèrent, provoquant des retards et des disputes.

Le sourire sur le visage des gens disparut. La gaieté laissa place à l’inquiétude et à la colère. Kael, voyant la tristesse et les problèmes qu’il avait créés, commença à comprendre. Il vit que son désir de liberté individuelle avait eu des conséquences bien plus grandes sur la communauté.

Honteux, il démantela sa digue, rendit une partie de ses prises et s’excusa auprès des bateliers. Progressivement, avec les efforts de tous, le fleuve retrouva son équilibre. Les sourires revinrent, et le royaume retrouva sa sérénité.

Kael comprit alors le vrai secret des Lois du Fleuve : elles n’étaient pas des chaînes, mais les rives invisibles qui permettaient au fleuve de couler avec force et de profiter à tous. Elles étaient la sagesse accumulée pour que la vie en commun soit harmonieuse et prospère. Et de ce jour, Kael devint le plus fervent défenseur des Lois du Fleuve, non par obligation, mais par une profonde compréhension de leur importance pour le bien-être de tous.

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