Dans un petit village niché au creux d’une vallée verdoyante, vivait une jeune fille nommée Léa. Léa était douce, inventive, et avait un rire qui faisait danser les papillons. Elle adorait dessiner des mondes imaginaires et inventer des histoires. Pourtant, il y avait quelque chose qui l’empêchait de briller de tout son éclat : le Mystère du Miroir Enchanté.

Ce miroir n’était pas un miroir ordinaire. Il avait été placé au centre du village par un magicien espiègle. Quand on se tenait devant, il ne montrait pas seulement votre reflet ; il montrait aussi, dans un coin de son cadre scintillant, le reflet de la personne qui, selon les critères du village, était la « meilleure » dans un domaine particulier.
Si Léa se regardait en rêvassant à ses dessins, le miroir lui montrait le portrait de Théo, le jeune prodige dont les tableaux étaient déjà exposés dans la ville voisine. Si elle essayait de chanter, le miroir affichait la voix mélodieuse de Sofia, dont le chant apaisait même les chèvres sauvages des montagnes. Et si elle racontait une histoire, voilà qu’apparaissait le visage de Maître Elian, le conteur légendaire du village.
Chaque fois, un petit nuage gris s’installait au-dessus de la tête de Léa. « Je ne suis pas assez bien, » soupirait-elle. « Mes dessins sont fades comparés à ceux de Théo. Ma voix est une grenouille à côté de Sofia. Et mes histoires… elles sont tellement moins captivantes qu’Elian ! »
Un jour, une vieille femme sage, aux yeux pétillants comme des étoiles lointaines, arriva au village. Elle s’appelait Sélène. Elle observa Léa, le dos voûté devant le miroir, l’air triste.
« Pourquoi es-tu si sombre, ma petite ? » demanda Sélène d’une voix douce.
Léa leva les yeux, surpris. « Oh, c’est ce miroir, Madame Sélène. Il me montre toujours que je ne suis jamais la meilleure. Il y a toujours quelqu’un de plus doué, de plus beau, de plus… tout. »
Sélène sourit. « Ah, le fameux miroir ! Ce miroir ne te montre pas la vérité, Léa. Il te montre seulement un reflet de ce que la foule admire. Mais la vraie magie, la vraie beauté, n’est pas dans la comparaison. »
Elle tendit la main et sortit de sa besace une petite pierre polie, aux reflets irisés. « Regarde cette pierre, Léa. Elle est unique. Il n’y en a pas deux pareilles au monde. Sa valeur ne vient pas du fait d’être plus brillante qu’une autre pierre, mais du fait d’être elle-même, avec toutes ses imperfections et sa propre lumière. »
Puis, Sélène fit quelque chose d’étrange. Elle se tint devant le Miroir Enchanté, mais au lieu de se regarder, elle posa la main sur le cadre, comme si elle le caressait. Et au lieu de regarder le reflet des « meilleurs », elle ferma doucement les yeux, et murmura : « Je me vois telle que je suis, aimée et unique. Et je célèbre la lumière en chaque personne. »
Quand Sélène ouvrit les yeux, le miroir scintilla différemment. Non pas en montrant des comparaisons, mais en diffusant une lumière douce et chaude dans tout le village. Une lumière qui semblait dire : « Chacun est une étoile. »
Léa, intriguée, s’approcha à son tour. Elle hésita, puis, se souvenant des paroles de Sélène, elle ferma les yeux devant le miroir. Elle pensa à ses dessins, non pas en les comparant à ceux de Théo, mais en se souvenant de la joie qu’elle ressentait en les créant. Elle pensa à sa voix, non pas en la comparant à Sofia, mais en se rappelant comment elle l’utilisait pour chanter des berceuses aux petits oiseaux blessés qu’elle trouvait parfois. Elle pensa à ses histoires, non pas en les comparant à celles d’Elian, mais en se souvenant des sourires qu’elles arrachaient aux enfants du village.
Quand elle rouvrit les yeux, le miroir ne montrait plus aucun reflet de comparaison. Il montrait simplement son propre reflet, mais d’une manière différente. Ses yeux brillaient d’une nouvelle étincelle, son sourire était plus large, et son dos n’était plus voûté. Elle se voyait, elle-même, et c’était suffisant.
À partir de ce jour, Léa continua de dessiner, de chanter et de raconter des histoires. Non pas pour être la « meilleure », mais parce que cela la rendait heureuse. Et elle découvrit que quand elle arrêtait de se comparer, son propre éclat brillait de mille feux, inspirant même les autres habitants du village à regarder leur propre reflet avec plus d’amour et de confiance. Le Mystère du Miroir Enchanté n’était pas de montrer qui était le meilleur, mais de révéler que la vraie valeur de chacun réside dans son unicité, loin de toute comparaison.

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