Il était une fois, dans une vallée entourée de hautes montagnes, un grand rocher. Immobile depuis des siècles, il dominait le paysage. Fier de sa taille et de sa solidité, il regardait de haut tout ce qui l’entourait. À ses pieds coulait un petit ruisseau discret, qui serpentait entre les pierres et nourrissait les racines des plantes.

— « Regarde-toi, si faible et minuscule », grognait le rocher. « Tu n’es qu’un filet d’eau. Moi, je suis fort, inébranlable. Rien ne peut me bouger. »

Le ruisseau ne disait rien. Il continuait de couler doucement, lavant les cailloux, irriguant les champs, désaltérant les animaux.

Les saisons passèrent. Le ruisseau chantait en été, murmurait en hiver. Le rocher, lui, restait immobile, figé dans son orgueil.

Mais un jour, la pluie tomba sans s’arrêter. Le petit ruisseau devint rivière, la rivière devint torrent. L’eau, patiemment, lentement, creusa autour du rocher, jusqu’à le détacher de la terre.

— « Que se passe-t-il ? » cria le rocher, emporté par la force de l’eau. « Je ne suis plus maître ici ? »

Et le rocher roula, roula, jusqu’au fond de la vallée. Il s’arrêta au bord du même ruisseau qu’il avait méprisé.

Alors le ruisseau lui parla, pour la première fois :

— « Tu croyais que rester immobile, c’était être fort. Mais parfois, la vraie force, c’est de savoir s’adapter, de se faire petit pour aller loin. Moi, je ne casse rien. Je transforme doucement. »

Depuis ce jour, le rocher garda le silence. Il apprit à écouter le ruisseau. Et quand les enfants venaient jouer près de l’eau, il ne disait plus : « Regardez comme je suis grand. » Il murmurait seulement : « Écoutez comme l’eau est sage. »

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