Dans les recoins de nos villes, aux marges de nos assemblées bien rangées, vivent des chrétiens que l’Église regarde à peine. Pas parce qu’ils ne croient pas, pas parce qu’ils n’aiment pas Dieu, mais parce qu’ils ne cochent pas toutes les cases visibles de la conformité ecclésiale. Ils prient, ils espèrent, ils tombent, ils se relèvent, souvent seuls. Ils sont les chrétiens de la périphérie — sociale, culturelle, spirituelle — ces lieux où l’Évangile n’est pas proclamé à haute voix, mais vécu dans les silences de la misère, la solitude, ou l’exclusion.

L’Église, souvent occupée à se regarder elle-même, oublie qu’elle n’est pas appelée à être un musée de parfaits mais un hôpital de campagne. Elle oublie que Jésus n’a jamais commencé son ministère au cœur du Temple, mais sur les bords du Jourdain, dans les maisons de pécheurs, sur les chemins de Galilée, dans les regards des lépreux et des femmes oubliées. Son premier souffle public fut pour ceux que la religion avait rendus invisibles.

Ce n’est pas un hasard si le Christ naît à la marge, loin des institutions, dans une étable. Ce n’est pas un hasard si, en mourant, il tend encore les bras au bon larron, lui offrant le paradis avant même que les disciples ne comprennent la Résurrection. C’est sur les bords, toujours sur les bords, que l’amour de Dieu éclate avec le plus de force.

Les chrétiens des périphéries ne demandent pas la pitié ni même l’aumône spirituelle. Ils demandent la reconnaissance d’une foi qui survit sans projecteurs, d’une espérance qui lutte dans la poussière. Ils sont les témoins d’un Évangile vécu dans la chair. Et si l’Église ne les voit pas, c’est peut-être elle qui est devenue aveugle.

Revenir au message du Christ, c’est faire le choix radical de la périphérie comme cœur battant de l’Église. C’est refuser une foi de surface pour redécouvrir une Église qui marche, qui sort, qui écoute. L’Église de demain ne se relèvera pas par la force des grandes structures, mais par la tendresse des petits gestes envers les oubliés.

Et si les périphéries devenaient notre centre ?

Laisser un commentaire